À propos de moi


L'oeil du photographe, juillet 2012

L’oeil du photographe, juillet 2012

   Il y a deux manières d’envisager l’acte de photographier. Soit on se laisse surprendre par l’instant, on dégaine le premier appareil qui nous tombe sous la main et on enclenche le flash à l’aveugle en se disant que ça fera bien l’affaire et qu’on mettra un filtre par dessus pour corriger les imperfections. Ou alors, on choisit de porter des kilos de matériel « au cas où » pour ne laisser au hasard qu’une toute petite fenêtre et pour mieux regretter – lorsque l’occasion se présente enfin – d’avoir laissé de côté (parce qu’il n’y avait plus de place dans le sac) l’objectif qui aurait fait de cet instant fugace un immortel cliché digne d’être admiré par les générations futures.

Être « le » photographe de l’équipe est en soi un sacerdoce : un budget intégralement réinvesti dans un matériel condamné dès l’achat à l’obsolescence accélérée, une colonne vertébrale mise à mal par des contorsions d’équilibriste pour avoir un cadre intéressant, des modèles qui renâclent : « mais je ne suis pas photogénique »,  « une seule, ça suffit, non ? » alors qu’on n’a même pas encore enlevé le cache, une lumière toujours changeante et des interdictions de photographier rédhibitoires et injustifiées, la régulière déception de la révélation (« dans mon souvenir c’était net », « pourquoi faut-il toujours qu’il y ait des gens qui s’incrustent dans l’arrière-plan ? », « qui a touché à ma carte mémoire ?! »). Mais quand enfin, après toutes ces épreuves, une photographie ressemble à ce qu’on voulait obtenir, tout est oublié, tous ces efforts trouvent leur accomplissement et on a envie de la partager au plus grand nombre.

   C’est pourquoi j’ai créé ce site. Pour que mon travail touche plus de monde et qu’il puisse être critiqué, me permettant ainsi de m’améliorer. Pour m’obliger à trier mes dizaines de milliers de clichés qui dorment dans mes disques durs et faire ressortir les fils conducteurs de ma recherche photographique. Et enfin surtout, pour créer les opportunités de nouvelles rencontres et d’expéditions insolites. Car le photographe vit aux dépens de celui qui le regarde, mais surtout de celui qui se laisse regarder.