Solstice de granit


Ce n’est pas avec des chiffres, ce n’est pas en courant sur la ligne de l’histoire qu’on peut percer les ténèbres des millénaires. Non, il faut beaucoup rêver – rêver en prenant conscience que la vie est un rêve, que ce qu’on rêve au-delà de ce qu’on a vécu est vrai, est vivant, est là, présent en toute vérité devant nos yeux. Gaston Bachelard, Le droit de rêver Dans la lumière dorée du solstice d’été, au soleil couchant, les menhirs de Carnac imposent leur présence minérale et ouvrent un passage dans le temps vers les millénaires enfouis.

Sur le fil


Tout tient à un fil, on est toujours en péril. Alberto Giacometti Dans le verger abandonné, où la nature est en dormance pour supporter les derniers assauts du froid, Elodie et Hanna étrennent une dernière fois leurs habits d’hiver avant de s’envoler vers des destinations plus tempérées.

Dans la brume électrique


Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.                                – René Char, Le Marteau sans maître Paris est rentré dans la saison des orages printaniers et des pics de chaleur qui annoncent l’été. Mais tous les événements météorologiques ne sont pas d’origine naturelle, il arrive qu’ils soient provoqués volontairement par des artistes visionnaires telle Fujiko Nakaya, sculptrice de brouillard qui a donné une performance embrumée pour l’anniversaire du Centre Pompidou au mois de juin 2017. Au son de nappes électroniques mixées à partir de cors des Alpes par Stephen O’Malley et Peter Rehberg, le public se prend progressivement au jeu et rentre en communion avec cette pluie enveloppante faisant disparaître progressivement les fondations tubulaires du centre d’art contemporain…      

Tableaux de chasse


Dans les derniers rayons obliques de l’hiver, c’est le moment de remettre cape et toque afin d’affronter le froid pour une promenade dans la forêt. En gardant l’oeil ouvert et le bon. 

Les filles de l’aurore


Plus loin que Louvre est un chemin bordé de pommiers dont j’ai vu bien des fois les fleurs éclater dans la nuit comme des étoiles de la terre. Nerval, Les filles du feu Dans l’aube bleutée de l’hiver, alors que le givre fait crisser l’herbe dans le verger abandonné, les walkyries Hanna et Élodie ont revêtu leurs plus belles pelisses pour braver le froid et recueillir les premières lueurs du soleil. Car la mode automne-hiver 2018 appartient aux femmes qui se lèvent tôt.                      

De profundis, Naples – Partie 3


Naples est la ville la plus mystérieuse d’Europe, c’est la seule ville du monde antique qui n’a pas disparu comme Troie, comme Ninive, comme Babylone. C’est la seule ville du monde qui n’a pas sombré dans l’immense naufrage de la civilisation antique. Naples est une Pompéi qui n’a jamais été ensevelie. Ce n’est pas une ville, c’est un monde. Un monde antique, pré-chrétien, resté intact à la surface du monde moderne. Naples est l’autre Europe. Dans laquelle, je le répète, la rationalité cartésienne ne peut pénétrer. Curzio Malaparte   Circonscrite par la Méditerranée  et le Vésuve,  Naples n’est pas uniquement un port baigné de soleil. Dans ses profondeurs, se cache une ville-miroir, en négatif

Mystiques Piazzas, Naples – Partie 2


 » Les Napolitains sont un peuple plein de dévotion chrétienne, mais ils n’ont jamais vraiment abandonné les traditions païennes. Ils sont toujours restés un peu polythéistes. C’est l’idée de Dieu, du Dieu unique, que nous, les Napolitains, avons du mal à digérer. »                 Luciano de Crescenzo Dieu ne s’est pas arrêté seulement à Eboli, il est en villégiature  permanente à Naples. Ses effigies sont partout, éternel enfant grassouillet dans les compétitions de crèches de chaque quartier, crucifié et sanglant au milieu des églises, couronné d’épines dans les recoins des murs, sa mère est chez elle à chaque carrefour, dans chaque cour d’immeubles, illuminée par les néons et encadrée des photos décolorées des voisins sur lesquels elle doit veiller. Le cortège de saints, avec Padre Pio et Saint Giuseppe Moscati en première ligne, sont vénérés et fleuris régulièrement, gardiens silencieux face aux frémissements de […]

Au-dessous du volcan, Naples – Partie 1


Comme les rêves, les villes sont issues de désirs et de craintes, même si le fil de leur récit est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses et que chaque chose en cache une autre. Italo Calvino,  Les Villes Invisibles Naples ressemble à une sfogliatta, cette pâtisserie typique a base de crème à l’orange et de lames de pâte feuilletée qui crisse et croustille sous la dent avec ses quartiers imbriqués les uns sur les autres défiant la logique des cartes topographiques car les collines obligent à penser en trois dimensions, deux rues parallèles sur un plan sont quelques fois uniquement accessibles par ascenseur, mais tout au fond, il y a la récompense : une richesse culturelle baroque et décadente, une ville encore vivante avec ses quartiers qui paraissent dormir à l’heure de la sieste mais où il y a toujours quelqu’un qui nous observe à travers le linge qui sèche. Ce premier […]

Gothic tales


Chaque passage à Londres est l’occasion pour moi de compléter mon pèlerinage photographique dans les cimetières victoriens de la capitale, profitant cette fois-ci de la végétation de la fin de l’été. Je suis allée explorer le cimetière de West Norwood, au sud de la Tamise.

Les moissons du ciel, West Norwood Cemetery, Londres, août 2016